A propos de l'auteur julien autran

 

Quelques mots sur moi

Tiens, il fait beau ! Que faire aujourd'hui ? Une suggestion : et si, comme y invitait autrefois Blaise Cendrars, le bourlingueur à la plume volante, on allait visiter le bout du monde ? Oh, pas d’inquiétude : ce n'est pas forcément loin. Tu seras même de retour à la maison pour l’heure du dîner si tu le souhaites. Le bout du monde, ça commence parfois en bas de chez toi, au coin de la rue. Tu dois juste savoir saisir l’opportunité qui t’y conduit, lorsqu’elle se présente.

Dans les rues grimpantes du joli vingtième, cette opportunité prend une forme insolite : la charrette à images. Une expo pas comme les autres, qui utilise la rue pour terrain de découverte. Quelle chance, ce n’est pas à toi d’aller à la galerie, c’est l’art et la poésie qui viennent à toi !

Tiens, la voici, la belle charrette : quatre roues comme celles d’un vélo, un support de chêne par-dessus, et par-dessus encore tout un bric-à-brac poétique, artistique, graphique, qui s’adresse à tous les sens. Un monde d’amour, de liberté, de partage et de couleurs.

Vas-y ! « Reniflâne » d’abord : les « vagues senteurs de l’ambre » t’attirent. Laisse tes oreilles approcher : elles saisissent furtivement la mélodie aérienne évadée d’une boîte à musique dont un enfant sur place actionne la petite manivelle… Approche encore et ouvre grands les yeux et l’âme. Voici des casiers à lettres polis par les ans, ceux-là même des halls d’immeubles d’autrefois, dont chacun te promet une histoire de vie si tu l’ouvres. Vas-y, ouvre ! Des dessins collés, des étoffes lointaines assemblées, des aquarelles composées, des carnets remplis, des photos de sourires prises au gré des voyages, au Pérou, à Madagascar, au Vietnam, au Mali. C’est beau les voyages.

Le conducteur de ce bel attirail sensoriel se prénomme Julien. Tu le croiseras à l'heure où les bourgeons bourgeonnent et les fleurs fleurissent, tractant sa charrette à p’tits bonheurs. A bout d’bras et à la force du sourire ! Tout le contraire d’un fardeau ! « Souveniiiiiirs ! Joie de viiiiivre ! », pourrait-il te crier au loin, s’il te voyait arriver, reproduisant les gestes et la parole des rémouleurs d’autrefois, ceux qui hantent encore ce faubourg magnifique.

Alors à Belleville, quand tu croises Julien sur un coin de placette, il ne faut pas hésiter à venir lui conter fleurette, à laisser vivre l’instant impromptu où ses beautés s'exposent sous un tilleul, à laisser se faire la rencontre hasardeuse de vos deux regards d'enfance, à laisser aller le bout de promenade rêveuse dans tes propres souvenirs partagés avec les siens ou ceux d'un autre. Souviens-toi du lac Titicaca ! S’il te plaît, dessine-moi un portrait chinois : si tu étais un paysage enfoui, tu serais plutôt marché africain ou soleil du soir sur la baie d’Halong ?

Là haut sur la colline de Belleville, le soleil rougit aussi et la charrette se remet à cheminer à la recherche d’autres têtes, d’une autre placette. Au gré du vent et des gens, libre à toi, libre à chacun, de suivre cet oiseau de passage ouvert aux gens qui passent, toujours prêt à s’évader quelques heures avec qui voudra. Tu l’as compris, mon enfant, ma sœur, le frêle vaisseau urbain n’impose pas sa poésie. Enivrant, il vient assouvir ton moindre désir. C’est le bout du monde qui vient à toi. C’est une invitation au voyage, comme si Baudelaire te prenait par la main.
Jean-Yves Dana